Fonds de pension : les hésitations françaises

Utilisé par des assureurs au début des années 1990 pour promouvoir de la retraite en capitalisation, le concept de ''fonds de pension'' (FP) arrive tardivement en France. . . bien après la création des premiers fonds de pension étrangers.

« Fonds  de pension » est une traduction littérale des ''pension funds'' anglo-saxons qui recouvrent des produits de nature différente. « Ce concept, dans les années 1990, était méconnu et un peu exotique, indique Lucy apRoberts, chef de projet Initiative à l'Association internationale de la Sécurité sociale (Aiss), et avait, de ce fait, un certain attrait. » Pour elle, « il s'agit d'un fonds de capitalisation pour le compte des salariés. Ce peut être un fonds d'épargne salariale ou un fonds appartenant à une caisse de retraite ». Comme il n'existe pas de définition juridique du fonds de pension, qui est souvent confondu avec un OPCVM(*), chacun, gestionnaire d'épargne salariale, banque, assureur.. .

attribue cette appellation ''fonds de pension'' aux produits qu'il vend. Si l'on s'en tient à la définition communément usitée (voir encadré p. 9), les fonds de pension existent déjà en France. Ces derniers temps, la campagne présidentielle aidant, il semblerait que le sujet ait pris de l'ampleur. Et pour cause, les investisseurs étrangers convoitent le marché hexagonal..

Etendre la capitalisation
« Les gestionnaires de fonds de pension dans les pays où ils sont répandus par exemple aux Etats-unis ou au Royaume-uni, veulent investir ailleurs que sur leurs marchés financiers nationaux, devenus trop étroits, constate Lucy apRoberts. Surtout, ces gestionnaires souhaitent étendre la capitalisation yourte compte de salariés, de manière à accroître leurs marchés. En France, il faudrait au moins vingt-cinq ans pour créer des fonds de pension puissants, commente, de son côté, Vincent Vandier, délégué général de l'Association française des ré/'mes et fonds de pension (Afpen). Tandis qu'aux Pays-Bas, aux Etats-unis et au Royaume-uni, les fonds de pension, qui existent depuis plusieurs décennies, sont arrivés à maturité. Néanmoins, leurs
encours devraient décliner.

Mauvaises intentons
D'aucuns s'interrogent sur l'opportunité d'encourager la multiplication des fonds de
pension de type anglo-saxon. En effet, nul ne peut exclure de mauvaises intentions de la part des détenteurs de ces fonds, qui éprouveront, à terme, le besoin de renflouer leurs actifs, en accueillant de nouveaux centrifugeurs. « La France arrive un peu après la bataille, noteYves Chassard, directeur des études chez Bernard Brunhes consultants. Les syndicalistes américains, comme Bill Crist, essaient de convaincre les Européens d'emboîter pas. Ce n'est sûrement pas désintéressé. »  Selon lui, les Américains ont de quoi s'inquiéter cars ils veulent solder les actifs des fonds, il leur faudra bien trouver des repreneurs pour éviter que les cours s'effondrent. D'autant que le nombre de retraités devient progressivement plus élevé que celui des nouveaux adhérents à ces fonds. Si les Français y vont, la question est de savoir qui rachètera, quand ceux-ci voudront, à leur tour, céder leurs actifs ? Et de conclure : « Les fonds de pension, c'était une bonne idée.. . il y a vingt ans. Nous avons laissé passer le train et, sur les marchés financiers, il n'est jamais bon d'arriver après les autres. »

Nora AZOUZ

(*) L’organisme de placement collectif en valeurs mobilières est un produit d’épargne qui permet à plusieurs investisseurs de détenir en commun un portefeuille de valeurs mobilières.

Paru dans Entreprise & Carrières, N° 627 du 25/06/2002
Auteur(s) : NORA AZOUZ