Bras de fer entre les assureurs et les banques

Omniprésentes sur le secteur de l'épargne salariale, les banques oseront-elles investir celui de la prévoyance collective, fief des assurances ?

« Pour ce qui est des modes de distribution, analyse Philippe Vibert-Guigue, directeur épargne entreprise au Crédit
Lyonnais Asset Managérial, le Plan d'épargne interentreprise (PE1), instauré par la loi Fabius, en février dernier, pourrait être proche de l'assurance vie individuelle. » Et, les réseaux d'assurances l'ont bien compris.
Les enjeux du PEI (Plan d'épargne interentreprise) sont, en effet, considérables. La mobilisation d'un réseau de distribution représente, par conséquent, un facteur clé de succès du PEI. "Pour notre part, poursuit-il, nous avons à nos côtés le réseau du Crédit lyonnais qui est bien implanté auprès des PME/PMI et nous préparons ensemble une action d'envergure.

Toutefois, si nous ne parvenions pas à distribuer cette prestation quasi-individuelle à un prix permettant de couvrir les coûts de traitement et d'amortir les investissements nécessaires, nous perdrions rapidement de l'argent.

Nous avons pour objectif, eu égard au nombre d'entreprises et aux flux concernés, de renforcer notre dispositif tant auprès des entreprises de moins de 10 salariés, que des professions libérales qui, confrontées à des difficultés en matière de retraite, sont également susceptibles d'être intéressées par les PEI. Pour ce faire, nous aurons recours à des conseillers de clientèle généralistes qui auront reçu une formation adaptée."

Le recous au PEI. « Tout le monde a le droit d'adhérer à un PEI, précise Hugues Sabatier, directeur général d'épargne salariale. Pourquoi pas les professions libérales, si elles le souhaitent. Cependant, les formalités administratives du PEI sont plus contraignantes qu'un PEE par exemples, prévient-il. Conclusion : le recours au PEI peut être ralenti. Plus optimistes, les AGF collectives pensent que la réussite du PEI, plutôt que de nuire aux produits d'assurance-vie,  alertera les PME sur les problématiques d'épargne longue et favorisera- peut-être. la promotion de contrats article 83 du Code général des impôts. En somme, la prise de conscience d'un besoin générera des flux fianciers. Du reste, les AGF investissent ce marché. Elles ont lancé, il y a un an, un contrat article 83 multisupports adapté au marché des PME. « Dans ce cas, la cotisation versée par l'entreprise est déductible, et le salarié choisit le fonds dans lequel il investit », décrit Martine Vieilles.
Entrée des banques sur le marché. Absente encore du marché de la prévoyance, la banque commence à pointer le bout de son nez sur le marché de l’assurance individuelle.
En viendra-t-elle à  concurrencer les assureurs sur les contrats collectifs, en s’appuyant sur le maillage fin de  ses réseaux de distribution ? »Pas dans l’immédiat, car il ne s’agit pas de leur métier », annoncent en chœur les assureurs. Ceux-là même qui investissent le champ de l’épargne salariale qui est tout de même assez éloignée de leur cœur de métier. « C’es le réseau bancaire qui écrasera le marché, assure Mathias Mattallah, président de l’Apeps car il est le plus proche du terrain.

D’ores et déjà le marché de l’épargne salariale est préempté à 90% par les banques. La logique est similaire à celle de l'assurance-vie, où les assureurs étaient en situation de monopole au début des années 80, et où les banques ont conquis 70 % du marché en vingt années. Car, lorsque les banques vont collecter
de l'épargne salariale, elles n'engagent que des coûts résiduels. Puisqu elles gèrent déjà les comptes de ces sociétés. Même si la gestion de compte entreprises n'est pas très lucrative comparativement à celle des comptes individuels. Et surtout, les banques connaissent la capacité financière de leurs clients. En revanche, s'il est vrai que la banque peut offrir des ristournes en échange de la gestion de l’épargne salariale, l'assureur également peut consentir des réductions sur les régimes de prévoyance.
N.A.

* Association pour la promotion des entrepreneurs et de
leur prospection sociale.